Enquête sur le Budget Ouvert : le Sénégal appelé à renforcer la transparence budgétaire

Le Sénégal doit encore renforcer la transparence et l’ouverture de ses finances publiques. C’est ce qui ressort de l’Enquête sur le Budget Ouvert (EBO) 2025 de l’International Budget Partnership (IBP), dont les résultats ont été présentés jeudi à Dakar.

Selon cette enquête, le Sénégal obtient 42 points sur 100 en matière de transparence budgétaire, un résultat inférieur au seuil de 61 points sur 100 retenu par l’étude.

« Le Sénégal a enregistré en termes de transparence 42 points sur 100, un score en deçà du seuil de transparence qui est de 61 sur 100 », indique l’IBP.

L’ONG-3D, qui intervient notamment dans les domaines du développement, des droits humains et de la gouvernance, a pris part à cette évaluation.

Une progression encore limitée de la participation citoyenne

L’enquête évalue la gestion des finances publiques à partir de trois dimensions : la transparence budgétaire, la participation du public au processus budgétaire et le contrôle budgétaire.

Sur le volet de la participation citoyenne, le Sénégal enregistre une progression, même si le niveau atteint reste faible. Le pays est passé de 0 point sur 100 en 2023 à 6 points sur 100 en 2025.

Pour Cheikh Tidiane Cissé, directeur administratif de l’ONG-3D, cette évolution traduit des efforts consentis par l’État en matière d’accès à l’information budgétaire.

« L’État du Sénégal a fait des efforts en matière d’accès à l’information budgétaire », a-t-il observé.

Mais ces avancées restent insuffisantes pour permettre une participation plus importante des citoyens au processus budgétaire.

Le contrôle budgétaire en recul

L’autre point de vigilance concerne le contrôle exercé sur les finances publiques. Le score du Sénégal est passé de 33 points sur 100 en 2023 à 31 points en 2025.

« Concernant le contrôle budgétaire par contre, celui fait par les institutions de contrôle comme l’Assemblée nationale et la Cour des comptes, le Sénégal a reculé de deux points : de 33 points sur 100 en 2023, il en est à 31 sur 100 en 2025 », a indiqué Cheikh Tidiane Cissé.

Pour le responsable de l’ONG-3D, les autorités doivent désormais identifier les difficultés qui expliquent ces résultats et mettre en place des mesures correctives.

Il invite notamment le Sénégal à s’inspirer de certaines expériences de la sous-région.

« Le Sénégal doit s’inspirer de l’exemple du Bénin, qui le dépasse de loin », a-t-il déclaré, appelant les pouvoirs publics à « ouvrir davantage les mécanismes de gestion budgétaire aux citoyens ».

Il estime également nécessaire d’élaborer un plan d’action permettant de répondre aux insuffisances relevées par l’enquête.

« Il est nécessaire que les autorités sénégalaises puissent identifier les difficultés à l’origine de ces résultats et proposer un plan d’action pour améliorer la note du Sénégal lors de la prochaine enquête », a-t-il dit.

La Direction générale du Budget reconnaît des efforts à poursuivre

Représentant la Direction générale du Budget (DGB), Abdoul Aziz Diagne a reconnu que des progrès restent à accomplir.

« Nous constatons qu’il y a des efforts à faire », a-t-il déclaré.

Selon lui, les principales lacunes relevées par l’IBP concernent notamment la participation du public au processus budgétaire et la publication de certains documents.

Pour le représentant de la DGB, ces insuffisances peuvent être corrigées.

« Ce ne sont pas des problèmes difficiles à résoudre. Un budget est […] voté au nom du peuple. Donc, l’accès des citoyens aux documents budgétaires ne devrait pas poser problème », a-t-il ajouté.

Cette position rejoint l’un des enjeux centraux de l’EBO : permettre aux citoyens d’accéder aux informations nécessaires pour comprendre les choix budgétaires et suivre l’utilisation des ressources publiques.

L’IBP appelle à renforcer la reddition des comptes

Pour Djibril Badiane, directeur des programmes de l’IBP pour l’Afrique francophone, le processus budgétaire ne doit pas s’arrêter au vote du budget. Il doit également s’accompagner d’une reddition des comptes à la fin de l’exercice.

« Le budget doit faire l’objet d’une reddition des comptes à la fin de l’exercice. C’est tout le sens de l’enquête », a-t-il expliqué.

Le responsable de l’IBP rappelle par ailleurs que le Sénégal occupait une position relativement favorable dans les précédentes éditions de l’enquête.

Selon lui, lors des évaluations réalisées en 2017 et 2019, le Sénégal figurait parmi les pays les mieux positionnés d’Afrique francophone. Il estime que le pays est désormais dépassé par plusieurs États de la sous-région, notamment le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Cameroun.

L’IBP entend accompagner les États dans l’amélioration de leurs pratiques à travers une assistance technique, afin de renforcer la transparence, la participation citoyenne et le contrôle dans la gestion des ressources publiques.

Au Sénégal, les résultats de l’EBO 2025 ouvrent ainsi la voie à un nouveau chantier : celui de la mise en œuvre de mesures concrètes pour améliorer l’accès aux informations budgétaires, renforcer la participation des citoyens et rendre plus effectifs les mécanismes de contrôle des finances publiques.

 

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