Entre le 18 février et le 14 mars 2025, la commune de Ziguinchor a vibré au rythme d’une initiative porteuse d’espoir pour des dizaines de femmes rurales. L’ONG 3D, en collaboration avec Enraiza Derechos et avec l’appui de l’Agence Basque de Coopération pour le Développement, a déployé un programme de formation intensive visant à renforcer l’autonomisation économique et politique des femmes à travers la maîtrise des techniques de transformation et de conservation des produits agricoles.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large du Programme d’autonomisation économique et politique des femmes pour un développement durable et inclusif, une approche intégrée qui reconnaît que l’émancipation féminine constitue un levier essentiel de transformation sociale et de développement territorial.
Trois sessions pour transformer des savoir-faire en opportunités économiques
Durant près d’un mois, trois sessions de formation ont permis aux participantes d’acquérir des compétences techniques précieuses dans le domaine de la transformation agroalimentaire. Ces formations pratiques ont couvert un large éventail de techniques permettant de valoriser les productions agricoles locales et de réduire les pertes post-récolte, un enjeu crucial dans les zones rurales où l’absence de chaîne du froid et les infrastructures limitées entraînent souvent un gaspillage important des récoltes.
Les femmes formées ont appris à élaborer des confitures à partir des fruits locaux abondants en Casamance, à produire des jus naturels répondant aux normes d’hygiène, à maîtriser les techniques de séchage des fruits et légumes pour prolonger leur conservation, et à appliquer les méthodes appropriées de conservation des produits transformés. Au-delà des aspects purement techniques, les formations ont également abordé les questions essentielles d’hygiène alimentaire, d’étiquetage conforme et de présentation des produits, autant d’éléments indispensables pour accéder aux marchés urbains et conquérir la confiance des consommateurs.
De la production à la commercialisation : une chaîne de valeur maîtrisée
L’un des défis majeurs auxquels font face les femmes rurales productrices réside dans leur difficulté à capter une part significative de la valeur créée par leur travail. Trop souvent cantonnées à la vente de produits bruts à des prix dérisoires imposés par des intermédiaires, elles peinent à générer des revenus suffisants pour subvenir aux besoins de leurs familles et investir dans leurs activités.
La transformation des produits agricoles représente une réponse stratégique à cette problématique. En apprenant à fabriquer des confitures, des jus ou des produits séchés, les femmes de Ziguinchor peuvent désormais capter une part beaucoup plus importante de la valeur ajoutée. Un kilogramme de mangues fraîches vendu quelques centaines de francs CFA peut, une fois transformé en confiture ou en jus, générer des revenus trois à cinq fois supérieurs.
Cette montée en compétences ouvre également la voie à une diversification des débouchés commerciaux. Les produits transformés, mieux conservés et plus attractifs, peuvent être vendus dans les marchés urbains de Ziguinchor, dans les boutiques spécialisées, auprès des restaurants et hôtels, voire exportés vers d’autres régions du Sénégal. Certaines participantes ambitionnent même de créer de petites unités de transformation employant d’autres femmes de leur communauté.
L’autonomisation économique comme vecteur d’émancipation globale
Si le programme mis en œuvre par l’ONG 3D met l’accent sur les aspects économiques, son ambition dépasse largement le seul objectif d’augmentation des revenus féminins. L’autonomisation économique des femmes constitue en effet un puissant levier d’émancipation sociale et politique qui transforme en profondeur les rapports de genre au sein des familles et des communautés.
Une femme qui génère des revenus significatifs acquiert un statut et une reconnaissance qu’elle ne possédait pas auparavant. Elle participe aux décisions familiales concernant l’éducation des enfants, les investissements du ménage ou les stratégies agricoles. Elle gagne en confiance en elle et en capacité à prendre la parole dans les espaces publics, notamment au sein des structures de gouvernance locale.
Le programme inclut d’ailleurs une dimension politique visant à encourager la participation des femmes aux instances de décision communautaires et à renforcer leur leadership. L’objectif est que les femmes formées ne se contentent pas d’améliorer leur situation économique individuelle, mais deviennent des actrices du changement social au sein de leurs communautés.



